Strive Masiyiwa

10 juin 2026

À 64 ans, Strive Masiyiwa est un entrepreneur africain, fondateur et président d’Econet Group, l’un des principaux groupes africains de télécommunications et d’infrastructures numériques.

(Sa fortune est estimée à 2,1 Md$, source: Forbes, Avril 2026) 

 

Strive Masiyiwa naît le 29 janvier 1961 en Rhodésie du Sud, dans une famille modeste. Son père travaille dans les mines, sa mère gère un petit commerce. En 1968, la famille fuit l’instabilité politique et s’installe à Kitwe, en Zambie. Strive y effectue ses études primaires avant d’être envoyé à douze ans en Écosse pour le secondaire. En 1983, il décroche un diplôme d’ingénieur électrique à l’Université de Cardiff, puis travaille brièvement dans l’informatique à Cambridge avant de rentrer au Zimbabwe en 1984, dans un pays fraîchement indépendant.

 

Il intègre la Zimbabwe Posts and Telecommunications Corporation (PTC) comme ingénieur principal, où il découvre les carences d’un système d’État : obtenir une ligne téléphonique prend alors plus de dix ans, et 75% des Zimbabwéens n’ont jamais entendu un téléphone sonner. En 1986, avec 75 $ empruntés, il fonde Retrofit Engineering, société d’installation électrique qui connaît un essor rapide grâce au boom de la construction. En 1990, il devient le plus jeune « Homme d’affaires de l’année » du Zimbabwe.

En 1993, convaincu du potentiel du mobile après avoir observé les premiers réseaux GSM sud-africains, il propose à la PTC une joint-venture majoritairement publique. Refus catégorique : le téléphone mobile serait « passager ». Il crée alors Econet Wireless et demande une licence indépendante, rejetée par le gouvernement de Robert Mugabe. Refusant la corruption, il engage un combat judiciaire inédit. Pendant cinq ans, il affronte l’État devant toutes les juridictions du pays. En décembre 1995, la Cour constitutionnelle invalide le monopole public, reconnaissant que l’accès au téléphone touche à la liberté d’expression. Après de nouveaux blocages politiques et des représailles économiques qui le ruinent, la Cour suprême tranche définitivement en sa faveur en décembre 1997. Cette victoire devient un symbole continental : un entrepreneur africain peut faire plier l’État par le droit.

Le 10 juillet 1998, Econet lance son réseau à Harare. Le succès est foudroyant : en six mois, le service couvre toutes les grandes villes du pays et Econet ravit la position de leader à l’opérateur public de la PTC, pourtant installé deux ans plus tôt avec l’appui technique de Detecon, filiale de Deutsche Telekom. Seulement trois mois après sa création, en septembre 1998, Econet s’introduit à la Zimbabwe Stock Exchange. L’IPO a été sursouscrite et fut l’introduction en bourse la plus rapide de l’histoire du ZSE. Cette introduction en bourse dépasse le simple financement d’une entreprise. Elle envoie un signal fort à tout le continent : une entreprise technologique africaine peut lever des capitaux localement et financer l’innovation. Econet devient un modèle d’actionnariat local et de confiance dans l’entrepreneuriat africain. L’expansion suit : Botswana, Nigeria (aujourd’hui Airtel Nigeria), Lesotho, Kenya, puis la Nouvelle-Zélande. En une décennie, le groupe est présent dans plus de quinze pays.

Le parcours est jalonné d’épreuves. En 2000, face à la dégradation du climat politique zimbabwéen, Masiyiwa s’exile en Afrique du Sud puis à Londres en 2010. Il navigue entre l’hyperinflation, l’instabilité monétaire et des pressions réglementaires constantes.

Dès 2003, il anticipe le rôle stratégique de la fibre optique et lance Liquid Telecom, désormais le plus grand réseau indépendant de fibre d’Afrique avec plus de 100 000 km de câbles à travers douze pays, après un investissement cumulé de 1,5 Md$. En parallèle, il développe Africa Data Centres et Sasai Fintech. En 2021, l’ensemble est regroupé sous Cassava Technologies. En 2024, Cassava lève 310 M$ auprès de Google, de la DFC américaine et de Finnfund. En 2025, l’annonce de 720 M$ d’investissement avec Nvidia pour cinq usines d’IA en Afrique marque une nouvelle étape : 15 000 GPU permettront d’entraîner des modèles d’intelligence artificielle sur le continent, sans exporter les données. Le magazine Time l’inclut en 2025 parmi les 100 personnes les plus influentes dans le domaine de l’IA.

Strive dirige avec une éthique intransigeante ancrée dans sa foi chrétienne. Il siège aux boards de Netflix, Unilever et de la National Geographic Society.

Avec son épouse Tsitsi, il cofonde en 1996 la Higherlife Foundation, qui a financé plus de 350 000 bourses en Afrique. Sollicité par l’Union africaine lors des crises Ebola puis Covid-19, il coordonne l’approvisionnement médical du continent. Lors de l’épidémie de choléra au Zimbabwe en 2019, le couple engage 70 M$. Cofondateur de l’AGRA, signataire du Giving Pledge, il reçoit en 2025 le David Rockefeller Bridging Leadership Award.

Strive Masiyiwa vit avec Tsitsi et leurs six enfants dans le Surrey, en Angleterre. Leur fille aînée, Elizabeth, a rejoint en 2025 les conseils d’administration d’Econet et d’EcoCash, assurant la continuité familiale d’un groupe devenu l’un des piliers de l’infrastructure numérique africaine.

 

En quelques chiffres:

  • Siège à Londres au Royaume-Uni
  • Fondé en 1993
  • CA 2025 : 845 M$, soit +23% par rapport à 2024
  • Capitalisation boursière : 300 M$
  • Présence : +40 pays à travers 4 continents
  • Réseau fibre optique : + 100 000km (1er réseau indépendant d’Afrique)

Le secteur des telecom en Afrique:

  • 220 Md$ de contribution au PIB africain en 2024, soit 7,7% de croissance annuelle 416 M d’utilisateurs d’internet mobile 75% de la population encore non connectée.

« L’intégrité est un capital plus précieux que l’argent. On peut l’accumuler comme on accumule de l’argent, et l’utiliser comme on utilise de l’argent, mais elle porte plus loin et elle dure. »
 

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