À 56 ans, Sunil Vachani est un entrepreneur indien, fondateur et président exécutif de Dixon Technologies, le premier fabricant sous contrat d’électronique grand public en Inde. (Sa fortune est estimée à 2,3 Md$, source: Forbes, Avril 2026)
Sunil Vachani grandit dans une famille d’industriels : son père fonde Weston, pionnière du téléviseur couleur en Inde. Formé à Londres, il revient en Inde en 1992 et, après un passage dans l’entreprise familiale, il se forge une conviction : l’avenir n’est pas dans une marque propre mais dans la fabrication pour le compte d’autrui. Le modèle EMS (confier à un tiers l’assemblage et la gestion industrielle) est alors quasi inexistant en Inde, et peu croient qu’une grande marque confiera sa production à un sous-traitant local.

En décembre 1993, son père lui prête 2 millions d’INR et lui apporte 3 choses : le nom Dixon, un homme de confiance Atul Lall (futur DG) et sa bénédiction. Vachani loue un petit atelier à Noida, recrute une poignée d’employés et décroche son premier contrat : assembler 2 000 téléviseurs pour Goldstar, la marque coréenne qui deviendra LG Electronics. Dixon est né. Mais les premières années sont laborieuses. Le modèle EMS est encore inconnu en Inde, où les marques produisent elles-mêmes ou importent. Les banques locales refusent de financer une entreprise sans actifs tangibles, alors que le besoin en fonds de roulement est important. Dixon obtient finalement un prêt d’une banque japonaise, plus familière du financement des entreprises travaillant avec des groupes internationaux. L’entreprise commence par assembler des téléviseurs 14 pouces à tube cathodique, des consoles, des magnétoscopes et des téléphones. Chaque contrat est traité comme une vitrine. Dixon comprend très tôt que sa seule différenciation possible sera la rigueur : respect des délais, qualité constante et discipline opérationnelle. Dans les années 2000, un contrat gouvernemental pour la fabrication de téléviseurs valide son modèle à grande échelle. En 2007, il investit dans le LCD, anticipant la fin du tube cathodique, puis passe aux LED trois ans plus tard, sans attendre que le marché l’y oblige. À chaque étape, Dixon adapte ses outils et ses compétences, restant toujours en avance sur le cycle. En 2010, Vachani décide de créer deux filiales : l’une pour fabriquer des machines à laver semi-automatiques pour Godrej, Samsung et Panasonic, et l’autre pour produire des composants métal et plastique. Il engage ainsi Dixon dans une intégration verticale destinée à sécuriser les marges et à réduire la dépendance aux fournisseurs. Deux ans plus tôt, il avait déjà fait entrer l’entreprise dans l’éclairage avec la production de lampes CFL pour Philips, Havells et Syska. Sa méthode est constante : pas de capital-risque, pas d’annonces spectaculaires, mais un réinvestissement systématique des profits dans de nouvelles capacités industrielles. Dans une Inde qui privilégiait alors les services et la tech, il construit, pas à pas, un champion manufacturier. Le premier grand tournant intervient en 2016, lorsque Vachani se lance dans la fabrication de smartphones, un segment dominé par les assembleurs chinois. Le pari est risqué : marges faibles, exigences élevées et forte avance technologique de la Chine. Il anticipe toutefois deux dynamiques favorables : les subventions du programme PLI du gouvernement indien et la volonté des grandes marques de diversifier leur production hors de Chine. Il crée Padget Electronics, filiale dédiée aux smartphones, qui signe successivement avec Motorola, Nokia (via HMD Global), Xiaomi, Samsung, Realme et Oppo. Le CA du segment mobile passe de 214 M$ au T1 2024 à plus de 1,1 Md$ au T2 2025, illustrant le changement d’échelle.
Dixon entre en bourse sur le NSE et le BSE en septembre 2017, levant environ 600 millions d’INR. Pour l’Inde, l’IPO de Dixon envoie un signal fort : une entreprise de fabrication sous contrat, dans un secteur longtemps mal considéré et peu valorisé, peut accéder aux marchés publics et attirer des investisseurs institutionnels. Dixon passe d’un assembleur régional à un acteur incontournable de la chaîne d’approvisionnement électronique mondiale. La consécration internationale arrive fin 2024 lorsque Padget Electronics, en partenariat avec le taïwanais Compal, lance la production des smartphones Google Pixel pour l’Inde, les États-Unis et l’Europe. Le choix de Google, réputé pour ses exigences industrielles, constitue une validation majeure pour Dixon. En décembre 2024, l’entreprise annonce également une joint-venture avec Vivo pour produire des appareils électroniques en Inde. La stratégie de Vachani tient en deux mots : discipline et diversification. Aucun client dominant, aucun produit unique, mais une montée progressive vers le design et l’intégration. Dixon n’est plus seulement un assembleur ; c’est un partenaire industriel.
Sur le plan humain, Vachani est connu pour une forme de leadership discret mais ancré dans le collectif. Lorsqu’il reçoit un prix de la chaîne NDTV, il déclare publiquement : « Cette reconnaissance appartient aux équipes de Dixon, je l’accepte en leur nom ». Sur le plan de la formation, il co-fonde le Dixon Applied Technology Training Institute, dédié à la montée en compétences techniques des employés et des jeunes talents locaux car il est convaincu que l’Inde ne peut devenir une puissance manufacturière qu’en formant, sur son sol, les techniciens qui la feront. En matière d’engagement sociétal, Dixon conduit des programmes centrés sur l’éducation, les énergies renouvelables et la gestion de l’eau dans les communautés riveraines de ses usines, axes confirmés par EY qui le désigne finaliste de son prix Entrepreneur de l’Année 2025.
Discret sur sa vie personnelle, Sunil Vachani vit à New Delhi avec sa femme et ses deux enfants.
En quelques chiffres :
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Siège à Noida, Uttar Pradesh en Inde
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Fondé en 1993
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CA 2025 : 4,7 Md$, soit +120% par rapport à 2024
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Capitalisation boursière : 8,1 Md$
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23 usines de production en Inde, 3 centres de R&D en Inde et en Chine
+20 000 employés
L'électronique en Inde :
En 10 ans, la production électronique du pays est passée d’environ 48 Md$ en 2017 à 100 Md$. En 2025, les exportations ont franchi le seuil des 50 Md$, tirées par les smartphones, dont la production atteint près de 50 Md$/an. Le gouvernement vise désormais un écosystème électronique de 300 Md$ en 2026, puis 500 Md$ d’ici 2030.
« C’est le moment en or pour la fabrication électronique. Finalement, l’Inde est l’endroit où il faut être. »